L’Europe et ses citoyens devront préparer ensemble le parcours pour l’avenir de l’Europe sociale qui a débuté à Porto

À l’occasion de la Journée de l’Europe et du lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, le Président de la CEC, Ludger Ramme, nous donne ses impressions et son point de vue sur l’avenir de l’Europe sociale après Porto.

Le Sommet de Porto, auquel j’ai participé ce 7 mai et qui représentait mon dernier engagement en tant que Président de la CEC European Managers après 25 ans dans ces instances dirigeantes, avait sous certains aspects un «avant-goût» de ce que pourrait être la nouvelle « normalité », celle des rassemblements physiques, des pauses-café et des l’interactions humaines soumises au protocole complexe de la distanciation sociale.

A cet égard, je voudrais féliciter le Premier ministre Costa et le Gouvernement du Portugal pour avoir fait le choix courageux d’organiser une réunion en présentiel et pour nous donner l’espoir que la pandémie sera sous contrôle dans le courant de cette année.

Le contenu de nos débats était, lui-aussi, tourné vers l’avenir, et portait sur les moyens de progresser vers une véritable Europe sociale qui ne laisse personne en marge. Le Sommet était une «conclusion» idéale du processus de définition du contenu du Socle des droits sociaux pour l’UE, entamé au Sommet de Göteborg quatre ans auparavant.

Comme l’énonce la déclaration de Porto, la mise en œuvre du Pilier, approuvé lors du Sommet, repose sur la coopération des différents acteurs aux niveaux européen, national et local. Il s’agit là d’une juste interprétation du principe de subsidiarité dont le respect est fondamental dans le cadre institutionnel complexe de l’UE. S’il fallait choisir le mot qui symbolise l’Europe, ce serait à mon avis le respect : respect des différences, respect des compétences, respect des spécificités nationales. Comme dans d’autres domaines, le développement de la dimension sociale européenne est un processus qui ne peut s’amorcer avec une approche illusoire mais doit s’ancrer dans la réalité des nombreuses différences qui existent entre les pays de l’UE.

Pourtant, faire avancer la dimension sociale de l’Europe est une nécessité, et les Européens ont clairement exprimé ce souhait.

Pendant trop longtemps, l’intégration européenne a été perçue comme un processus géré par le sommet, trop concentré sur des thématiques moins importantes et pas assez sur des questions de fond. La pandémie a remis en question notre perception sur les priorités et les moyens de les concrétiser. L’exercice lancé avec la Conférence sur l’avenir de l’Europe (qui a débuté avec cette journée de l’Europe) identifie des mécanismes précis pour permettre la participation des citoyens européens à ce processus de réflexion. Cela peut jouer comme un puissant antidote au risque de percevoir le domaine institutionnel européen comme une entité séparée, s’exprimant dans une langue difficile à comprendre et apparemment très éloignée de la réalité quotidienne. Mais sans une implication inclusive et significative de la société civile (et de ses représentants), cette opportunité ne deviendra qu’un exercice euro-centrique de plus, alimentant l’’incompréhension et les espoirs trahis.

Ce n’est pas du populisme, mais une simple considération : nous devons rendre l’Europe plus facile à comprendre, plus présente et plus tangible dans ses résultats.


Les moments difficiles que nous traversons ont eu un aspect positif, celui de nous aider à dégager des défis majeurs qui peuvent nous unir tous – générationnellement, géographiquement, socialement et économiquement : la transition vers un avenir durable, la création d’un système de protection sociale qui soit juste et accessible à tous, un écosystème numérique au service de nos besoins sociétaux, la garantie de sociétés véritablement inclusives et respectueuses. C’est dans ces domaines que l’Europe doit agir de manière efficace mais réaliste. Son succès sera à la mesure de sa capacité à agir concrètement dans la vie des gens.

Alors que l’Europe semble sur la bonne voie pour sortir de l’urgence sanitaire, le moment est venu pour elle de réfléchir sur le chemin qu’elle veut emprunter dans les décennies à venir et sur les moyens d’y parvenir.

Que le voyage qui a débuté à Porto et partout ailleurs dans l’UE à l’occasion de la Journée de l’Europe soit couronné de succès. Pour notre génération et celles à venir.

Laisser mes fonctions à de jeunes collègues dévoués me remplit de gratitude et d’optimisme. En tant que leader, vous êtes toujours responsable des échecs ou des manquements mais le mérite des réalisations ne revient jamais à vous seul. Le succès est entièrement rendu possible par de bonnes équipes travaillant main dans la main. J’ai eu le privilège de ne travailler qu’avec de bonnes équipes et c’est la clé de ce que nous pourrions réaliser ensemble.