L’éthique de l’intelligence artificielle: il est grand temps de discuter de ce que nous en attendons

Tandis que certains s’attendent à ce que des robots autonomes envahissent le monde, d’autres misent sur la Terre promise. C’est précisément maintenant, en cette période de notre histoire que l’humanité a les possibilités techniques de faire de la vision utopique, ou en effet dystopique, une réalité. Quand tout ou presque est possible, la question fondamentale semble être : que devons-nous faire? Si cette question est bien abordée, l’intelligence artificielle pourrait permettre de grandes avancées dans la lutte contre le changement climatique, accroître le bien-être et assurer l’équité sociale. 

L’avenir de l’intelligence artificielle (IA) n’est pas gravé dans la pierre. Au cours des prochaines décennies, la vie professionnelle et la vie privée vont connaître des transformations profondes et nos choix actuels dans la recherche, en politique et en affaires seront déterminants. Pour contribuer à ce débat, la CEC a participé à la consultation des parties prenantes sur les lignes directrices en matière d’éthique pour l’intelligence artificielle, lancée par le groupe d’experts de haut niveau de l’UE (voir ci-dessous). Ces lignes directrices pourront nous permettre de s’orienter dans les choix politiques et commerciaux qui se présenteront. En tant que défenseur d’un leadership durable, la CEC souligne l’importance d’une vision, d’une stratégie et d’un objectif clairs pour développer des systèmes d’information et de gouvernance avancés.

Le document définit «la finalité éthique» de l’intelligence artificielle dans le respect des droits, des principes et des valeurs inscrits dans les Traités de l’UE et dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Malheureusement, les délimitations entre les notions de droit, de principes et de valeurs semblent plutôt floues et même tautologiques dans leur formulation actuelle. L ‘«approche fondée sur les droits» qui a été adoptée ne fournit pas un argumentaire suffisant sur le plan éthique pour défendre ces droits en à proprement parler.

En outre, le document est ambigu dans l’expression “finalité éthique”, dans la mesure où les systèmes d’IA doivent, d’une part, d’être “conforme” à ces valeurs, ces principes et ces droits et, d’autre part, d’en être la finalité. Ce dernier cas précisément implique que l’intelligence artificielle, et donc aussi les organisations qui la développent, ne peuvent être éthiques que si elles ont pour objectif de promouvoir les droits fondamentaux. Parallèlement, ces droits et leur légitimation peuvent évoluer dans le temps, rendant d’autant plus importante la nécessité de renforcer encore plus les fondements éthiques des directives.

En mettant la question des droits de côté, on pourrait soutenir que le trait novateur de l’intelligence artificielle réside dans son potentiel incommensurable de créer une société utopique ou dystopique du point de vue contemporain et comparé aux technologies précédentes. Cela soulève les questions éthiques classiques sur la «bonne vie», ainsi que les fameuses questions kantiennes [1].

Puisque notre espèce, du moins apparemment, pourrait bientôt aspirer à presque tout, la question centrale qui semble se poser: que doit faire l’humain si presque tout est possible? Et QUI est-il dans un environnement technologique omniprésent?

Bien entendu, ces questions éthiques sont étroitement liées à la finalité du travail, tant sur le plan conceptuel que factuel, en tant que caractéristique qui définit la vie humaine dans son histoire. En outre, elles constituent l’épine dorsale de la culture européenne et sont déterminantes pour une société démocratique, diverse et juste. L’intelligence artificielle pourrait devenir un outil permettant de relever les défis planétaires les plus urgents. Pour cela cependant, il est nécessaire d’avoir une compréhension commune et une vision partagée de la direction à prendre. Sinon, nous risquons de perdre de vue le fait que la technologie a toujours été un instrument dans l’histoire humaine et non une fin en soi.

Veuillez trouver ci-dessous la contribution de la CEC aux lignes directrices éthiques en anglais.

[1] Immanuel Kant a formulé les questions suivantes dans sa Critique de la raison pure: qu’est-ce l’humain, que puis-je espérer, savoir et que devrais-je faire?

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