Prévenir le burnout, gérer les risques psycho-sociaux

Selon Eurofound, 15 à 25% des répondants aux enquêtes européennes sur le sujet souffriraient de formes modérées de burn-out et 2 à 3% seraient sujets à des formes graves. La prévalence de burnout auto-déclarée mesurée dans ces enquêtes contraste avec les données officielles, si toutefois reconnues et diagnostiquées par les autorités de santé publique. Ces chiffres, bien qu’indicatifs et appelant à des enquêtes plus systématiques au niveau de l’UE, font ressortir un grave problème de santé publique qui doit être traité à la fois par les administrations et par les entreprises.   

Les cadres portent un double poids en matière de burnout. D’une part, ils sont les plus à même de souffrir du burn-out, d’autre part, ils ont la responsabilité de réduire les risques psycho-sociaux (RPS) sur le lieu de travail afin de prévenir le burn-out de leurs équipes.

En tant que partenaire social européen et représentante de l’encadrement, la CEC est pour une approche intégrale en matière de lutte contre l’épuisement professionnel.

Au niveau individuel, la gestion des risques psycho-sociaux est l’une des composantes du leadership préconisée par la CEC European Managers. Comme mentionné dans le Guide du leadership durable, le soutien, le mentorat, la reconnaissance et la confiance des superviseurs jouent un rôle positif pour pallier à le burn-out et maintenir ou rétablir la motivation au travail. Pour mieux comprendre le double rôle des cadres, la CEC participe à un projet européen sur les risques psychosociaux sur le lieu de travail, mené par Eurocadres. Sur le plan politique, la CEC préconise et agit en faveur de meilleures politiques de prévention et de santé au travail.

Les classifications du burnout en Europe

Selon le rapport Eurofound, il existe plusieurs conceptions du burn-out, parfois contradictoires. Le burn-out est principalement abordé sous trois angles: le stress lié au travail, la santé mentale et les heures supplémentaires. Dans le diagnostic, la plupart des pays considèrent le burn-out comme un épuisement excessif et n’associent pas cet épuisement au travail et à ses conditions, sauf en Italie et en Lettonie. Certaines études ont montré qu’un nombre important de personnes souffrant de burn-out sont également touchées par la dépression, l’anxiété ou d’autres problèmes de santé mentale. Cela permettrait d’affirmer que le burn-out n’est pas une maladie professionnelle. De nombreuses études ont mis en évidence les difficultés conceptuelles d’identifier clairement le burn-out et de les différencier d’autres maladies.

Cependant, le fait de confondre la dépression ou d’autres formes de maladies mentales avec le burn-out peut conduire à prendre en compte de manière insuffisante les spécificités des deux tableaux cliniques. Cela peut entraîner une insuffisance de structures d’aide (Eurofound 2018: 12).  En outre, il est important de ne pas interpréter l’épuisement professionnel comme une forme de dépression des personnes “très performantes” car cela stigmatiserait les personnes déprimées et favoriserait l’acceptation du burnout comme étant un phénomène normal dans un environnement de travail orienté vers la performance. Il est plutôt nécessaire d’avoir une image différenciée pour rendre compte à la fois de la dépression et du burn-out. Cela présuppose un diagnostic médical approfondi des facteurs de risque individuels (psychiques et somatiques) et professionnels dans le développement du burnout.

Si la question de considérer le burnout comme une maladie professionnelle – syndrome d’épuisement professionnel – ou non reste une question à laquelle il est difficile de répondre, l’impératif de prévenir les risques psychosociaux sur le lieu de travail est clair. Adopter une approche préventive permet d’éviter le stress, l’épuisement professionnel et une mauvaise santé mentale. Les employés exposés à une intensité de travail élevée, à de longues heures de travail, à une pression émotionnelle, à une faible autonomie, à un leadership médiocre et / ou à des relations conflictuelles au travail présentent un risque plus élevé de burn-out (Eurofound 2018: 15) ou sont plus susceptibles d’en souffrir. Dans une étude portant sur le lien entre burn-out et environnement de travail stressant, l’incidence de l’épuisement professionnel était de 17% chez ceux qui déclaraient que leur travail était stressant, contre 4,3% pour ceux qui estimaient que ce n’était pas stressant.

Guide sur le syndrome d’épuisement professionnel

La CFE-CGC, organisation française membre de la CEC, a publié un guide pratique sur l’identification et la prévention du syndrome d’épuisement professionnel, qui contient des propositions pour faciliter la reconnaissance de l’épuisement professionnel dans les négociations professionnelles et ses implications financières pour la sécurité sociale. La CFE-CGC demande que l’épuisement professionnel soit reconnu comme maladie professionnelle et couvert par la branche accidents de travail et maladies professionnelles de la sécurité sociale française, financée par les employeurs et non par l’assurance-maladie générale.

Aujourd’hui, en France, les employeurs peuvent être tenus responsables de la santé de leurs employés si aucune mesure de prévention n’est prise. Parmi les obligations figurent une analyse des risques pour la santé psychosociale sur le lieu de travail créée conjointement, un plan de prévention et la communication d’informations et/ou de formations sur les Risques psycho-sociaux (RPS). En 2016, en France, 516 perturbations psychiques d’origine professionnelle ont été reconnues par les autorités officielles.

Savoir plus:
Eurofound 2018: Burnout in the workplace: A review of data and policy responses in the EU