Débat d’été sur l’avenir de l’Europe

CEC European Managers lance son débat d’été sur l’avenir de l’Europe. Le débat vise à échanger les points de vue sur l’orientation générale de l’Union européenne dans l’avenir, basé sur le livre blanc de la Commission européenne sur l’avenir de l’Europe.

Ludger Ramme, Président de la CEC European Managers, lance le débat avec son opinion personnelle sur le sujet. Nous invitons tous les cadres interessés à participer à cette discussion fondamentale en utilisant la fonction commentaire ci-dessous. Le débat sera clôturé fin septembre 2017.*

Le retour aux origines
La chance d’un renouveau passe par un retour aux origines

Par Ludger Ramme, Président de la CEC European Managers

Une autre crise s’est ajoutée à la crise financière et économique: une crise d’identité. Cependant, l’idée fondatrice de l’Europe n’a pas perdu de son attrait. Ce dont nous avons besoin c’est de revenir à ses valeurs fondamentales – et de mettre l’accent sur la responsabilité sociale et politique de l’industrie, des associations et des cadres dirigeants.

Des banques en difficulté, un chômage de masse, l’échec de l’État et des hausses d’impôts, la perte des épargnants dans le Nord et, enfin, le Brexit: l’Europe est en crise. Mais ces problèmes auxquels nous sommes actuellement confrontés remontent à beaucoup plus tôt. Il convient d’examiner le contexte de ces événements. Car c’est en comprenant les raisons de cette crise que nous trouverons une solution.

Les cadres dirigeants ont une responsabilité particulière à cet égard.Comment la crise s’est-elle développée? Déjà, depuis les années 90, l’augmentation du nombre d’États membres mais aussi des disparités économiques avaient rendu de plus en plus difficile la cohésion de l’Union

La gestion de l’UE s’est d’autant plus complexifiée avec l’introduction de l’euro qu’il existait différents niveaux d’intégration entre pays.

Sont venues s’ajouter à la situation des folies politiques comme par exemple, l’entrée de la Grèce dans la zone euro alors que celle-ci ne remplissait pas tous les critères d’admissibilité. Enfin, et ironiquement, c’est un gouvernement allemand (avec la France) qui a porté un coup au principe du respect des obligations contractuelles en ignorant le pacte de stabilité.

Puis l’élargissement s’est poursuivi aux pays de l’est: les nouveaux États membres ont motivé leurs adhésions sur des motifs complètement différents que les États fondateurs de l’Europe occidentale. Ils s’intéressaient à la sécurité militaire, au soutien économique et aux perspectives de l’économie de marché.

Les autres points de convergences n’étaient pas aussi importants et leurs traditions démocratiques n’étaient pas aussi bien consolidées.

Ceux qui cherchaient d’avantage de signes annonciateurs de la prochaine crise les ont trouvés dans l’échec de la stratégie de Lisbonne et de la Stratégie « Europe 2020 ». La Commission avait déclaré ambitieusement que l’Europe serait dans des délais précis la région la plus compétitive du monde.

Tous ces objectifs ont échoué – entraînant une perte d’image importante, également  due à son incapacité à reconnaître ses propres erreurs. Et pourtant, tous ces facteurs ont montré la robustesse de l’Europe: ils n’ont pas suffi à faire tomber l’UE.

Une variété de facteurs externes ont été nécessaires pour exposer clairement les faiblesses de l’UE: l’économie financière mondiale est devenue hors de contrôle après le choc des emprunts à hauts risques (subprimes), les banques ont été sauvées, les États se sont endettés. Les renflouements financiers et les restrictions budgétaires auraient pu initialement empêcher l’effondrement, mais ont finalement conduit, cependant, à la stagnation et au chômage, à la polarisation politique et à des comportements électoraux extrêmes. L’aboutissement de ce déclin a été la crise des réfugiés en 2015. Sans se coordonner suffisamment avec les autres États membres de l’UE, le gouvernement allemand a ouvert ses frontières et environ un million de réfugiés sont arrivés en Allemagne. La majorité des autres États membres de l’UE n’a pas voulu décharger l’Allemagne de cette immense tâche. Et même aujourd’hui, les programmes européens de transfert et de relocalisation sont un substitut insuffisant à une politique européenne migratoire et des réfugiés cohérente. Au lieu de créer une solidarité mutuelle, les problèmes ont été externalisés ou la faute attribuée aux autres États membres.

Ce manque de solidarité, conjugué à des tactiques politiques de court terme de politiciens nationaux qui attribuent la faute de presque tout à l’Europe, entraîne un mélange dangereux de désinformation et d’insatisfaction en l’état actuel des choses. Les succès remportés dans les domaines de la libre circulation, des voyages, du commerce, de l’EFP, du marché unique ne font pas la une.

Néanmoins, l’idée de l’unité européenne, réduite à ses origines, n’a pas perdu de son attrait.

Nous ne devons pas oublier qu’elle est née de deux guerres mondiales, de la mort, de l’exil et de l’expulsion de personnes. Il est déconcertant de voir à quel point les nouveaux protagonistes du nationalisme ont peu intégré ces expériences existentielles. Les hommes d’État des années cinquante, qui ont bâti l’Union sur la paix, la liberté, l’équilibre social et les compromis, avaient une vision plus clairvoyante.

Selon toute vraissemblance, une argumentation appuyée sur le contexte historique ne suffit plus à susciter l’enthousiasme. Nous devons créer un nouveau récit, un avenir qui soit prometteur pour tous les peuples à travers une Europe unie. Ce processus doit inclure tous les niveaux de l’état et de la société – des écoles aux associations. Le développement des réseaux numériques peuvent faire en sorte que cela se produise. Dans ce processus, les cadres ont une responsabilité particulière en raison de leur position, de leurs compétences et de leur importance stratégique.

En revenant sur notre histoire, nous pouvons voir à quel point la responsabilité politique est fondamentale pour les dirigeants publics et privés. Lorsque les dirigeants ont ignoré leurs responsabilités politiques, par exemple pendant le régime nazi, personne d’autre n’était là pour empêcher le déroulement du processus de déshumanisation et antidémocratique. Pointer les développements problématiques et créer des solutions par le dialogue devient ainsi une vertu centrale pour chacun d’entre nous, indépendamment du contexte. Outre les leaders, les médias publics peuvent faire davantage pour nous informer sur l’Europe et ses avantages tout comme le font certaines sociétés privées tirant profit du marché commun.

Cependant, la formulation d’une vision pour l’Europe ne devrait pas signifier la mise en place d’objectifs irréalistes. Pour créer la confiance et une nouvelle identification  avec l’Europe, les projets réalisables devraient être formulés et mis en œuvre de manière globale. Au début de l’UE, il existait un principe de subsidiarité autolimitant au niveau communautaire, la compétence réglementaire n’était attribuée que lorsque le domaine concerné ne pouvait pas être mieux réglementé au niveau national, régional ou local. Une fois que ce principe sera de nouveau reconnu par tout le monde, l’allégation de frénésie réglementaire deviendra obsolète.

Un renouvellement de l’Union européenne ne peut commencer que lorsque nous serons clairs sur les bases et l’impact de notre projet.

Nous devons mieux aligner les valeurs de liberté et d’équilibre social à travers des politiques concrètes. À cet égard, le pilier européen des droits sociaux est une étape nécessaire pour garantir une convergence à la hausse à tous les citoyens européens.

Cependant, nous devons également veiller à ce que les réglementations nécessaires au niveau européen, ou les droits sociaux, soient effectivement mises en œuvre dans les États membres. Nous devons renforcer la coopération administrative et le partage des meilleures pratiques en veillant à ce que les moyens soient donnés de mettre en œuvre les politiques nécessaires. Ce n’est qu’en créant des structures modernes pour le développement privé et publique, nous pouvons éviter une approche verticale qui est de plus en plus critiquée à travers l’ensemble du continent. La subsidiarité s’applique également aux moyens et procédures d’élaboration des politiques. Dans beaucoup de domaines, nous pouvons être fiers de ce que les institutions européennes réalisent grâce à des compromis. Nous ne pouvons cependant pas nous permettre de gaspiller les connaissances que nous avons au niveau européen en ignorant son utilisation à d’autres niveaux.

En fin de compte, le succès de l’UE peut se résoudre à travers la recherche d’un meilleur équilibre entre des objectifs réalistes pour tous et des moyens spécifiques pour ceux qui doivent les atteindre. Le bon esprit pour une Europe plus forte, plus juste et plus libre est toujours là – ce dont nous avons besoin aujourd’hui est d’éliminer les obstacles à son potentiel. À tous les niveaux. En assumant nos responsabilités en tant que citoyens et en tant que leaders publics et privés contre les tendances destructrices.

 

Participez au débat en utilisant la fonction « Login ». Vous pouvez partager votre opinion sur l’orientation générale de l’Union européenne dans l’avenir. Si vous souhaitez participer, veuillez vous concentrer sur le cadre institutionnel, le rôle de et la vision globale pour l’Union européenne.

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